Dans le pétrole et le sang
Depuis hier, tout l'Occident s'est rallié derrière les USA, la Chine condamne timidement, l'ordre mondial semble indifférent face à cette agression militaire immonde. De nombreuses mobilisations s'organisent mais on voit aussi une partie de Vénézuélien.nes fêtant le départ de Nicolas Maduro, voire remerciant Trump, et ça traduit avant tout une réalité : la société vénézuélienne est divisée et traversée de contradictions profondes.
Cette division ne doit ni instrumentalisée ni être niée. Elle reflète une crise nationale réelle, construite sur la précarité, les pénuries, le blocage politique. Mais soyons clair.es, reconnaitre ça ne doit pas nous conduire à tomber dans le pire des pièges : voir dans l’intervention impérialiste une quelconque issue possible à une crise nationale. C’est précisément à ce point que la clarification politique devient urgente.
Les États-Unis, "gendarme du monde", ne sont pas un pays neutre qui interviendrait pour "résoudre" des crises nationales. Ils sont le souverain d'un ordre mondial, fondé sur la domination, la prédation économique et le contrôle politique des périphéries. Leur histoire est bondée d’interventions menées au nom de la "démocratie", de la sécurité, de la stabilité ou des "droits humains", et qui ont produit des sociétés détruites, pillées, durablement dépendantes et fragmentées.
Les USA n'en sont pas à leur 1er coup d'essai niveau intervention : Afghanistan, Irak, Vietnam, Laos, Cambodge, Corée, Cuba, Iran, Syrie, Libye, Yémen, Somalie, Soudan, Nicaragua, Haïti, République dominicaine, Grenade, Panama, Honduras, Guatemala, Salvador, Chili, Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay, Bolivie, Pérou, Équateur, Mexique... Entre autres.
Dans ces nombreux pays, l’existence d’une contestation nationale massive contre un pouvoir autoritaire, dictatorial ou un ordre économique injuste n’a jamais justifié une intervention états-unienne, et l'intervention n'a jamais mené à un processus d'émancipation populaire. Bien au contraire.
Ces exemples rappellent que l’impérialisme ne s’attaque pas à des régimes parce qu’ils oppriment leur population, mais parce qu’ils entravent ses intérêts stratégiques. Les USA ne tranchent jamais en faveur des peuples : il recompose les élites, redistribue les ressources à leur profit et enferme durablement les sociétés dans la dépendance. La souffrance du peuple devient alors un levier, non une préoccupation.
Et justement : les sanctions économiques internationales, le blocus financier, la pression diplomatique et la guerre économique ont joué un rôle central dans l’aggravation de la précarité. Avec la menace étrangère et l'instabilité permanente, loin de rompre avec le système capitaliste, le pouvoir vénézuelien a opté pour un régime bureaucratique rigide, qui a réprimé des opposants mais aussi des grèves et des mouvements sociaux. Dans la crise économique, sociale, démocratique et politique, la société Vénézuelienne s'est divisée, au seul profit des vautours impérialistes.
Aujourd'hui, c'est une opposition d'extrême-droite qui espère gouverner avec le soutien de Trump.
C’est justement pourquoi il faut tenir une ligne claire, même dans un moment de tension. C'est la ligne de la lutte contre le partage du monde, de la lutte des classes contre le capital guerrier et de notre solidarité internationale. Ainsi la contestation politique est légitime. Elle appartient pleinement au peuple vénézuélien, tout comme lui appartient l'issue politique de la crise nationale. Mais ça n’autorise pas l’ingérence impérialiste, ni la célébration d’une domination étrangère présentée comme une libération.
Toute victoire des USA renforce un ordre mondial fondé sur la violence. À l’inverse, toute résistance à cette domination, aussi contradictoire soit-elle, est une victoire pour le monde entier. Ça concerne bien plus que le Venezuela : cette bataille engage l’ensemble des peuples soumis à cet ordre impérialiste.
Nous restons sur notre cap : les Yankees hors des Caraïbes et de l'Amérique du Sud, liberté pour Maduro et sa femme et solidarité avec la lutte pour un Venezuela libre de l'exploitation et de l'oppression.
