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Liège : poursuites judiciaires contre les manifestant.es au blocage contre Bouchez de l'Uliège


Nous choisissons de retranscrire ici un débat qui anime la gauche liégeoise au sujet des poursuites judiciaires engagées contre les manifestant.es au blocage contre Bouchez de l'Uliège le 18 septembre. Ci-dessous vous retrouvez trois contributions succesives : un 1er article publié sur le compte du Front Antifasciste de Liège, suivi d'une réponse de deux élues du PTB (Sofia Touhami et Sophie Lecron), puis d'un complément de Rouge sur l'échange.


[A. ARTICLE DE PARTICIPANT.ES DU FRONT ANTIFASCISTE DE LIÈGE, 11/12]


Plainte contre X acceptée sans aucune opposition : du MR au PTB, tous s'alignent derrière le camp policier


1. CONTEXTE


Ce 24 novembre, le Conseil communal de Liège a validé le dépôt d'une plainte contre X (c'est-à-dire contre des responsables encore inconnu.es) et une constitution de partie civile à propos de la mobilisation contre Bouchez du 18 septembre dernier à l’Université place du xx août. 


Ce soir-là, des centaines de liégeois.es, étudiant.es, jeunes, syndicalistes ou retraité.es se sont opposé.es à la venue du MR et de Georges-Louis Bouchez : contre cette rentrée marquée par l’exclusion massive d’étudiant.es, par un soutien au génocide en Palestine, par une politique de guerre sociale assumée contre les malades, les chomeur.euses ou les services publics.


 Deux mois plus tard, la réponse politique de la Ville est tombée : si tu t'opposes un peu trop bruyamment, on t'écrasera. Ils veulent faire peser la responsabilité financière des provocations honteuses du MR sur toustes ceux.elles qui seraient condamné.es.


La majorité PS-MR-Engagés a voté pour sans nuance, puis PTB-Vert Ardent (Ecolo + Demain + Citoyens) se sont abstenus. Résultat : la plainte est déposée, la machine judiciaire est lancée et ce seront des jeunes de notre camp social qui en paieront le prix.


Personne, absolument personne, autour de la table du Conseil communal, ne s’est opposé à cette plainte. 


Le PS, via le bourgmestre Demeyer, assume pleinement la plainte, allant jusqu’à défendre publiquement l’idée qu’il n’existerait « rien de systémique dans la police », à l'encontre de tous les gens qui ont un jour étudié la structure de la police, à l'encontre de toutes les enquêtes et de toutes les études à ce sujet, à l'encontre aussi des violences répétées, documentées qui éclairent ardemment à quel point le PS est tombé bas. Le MR lui instrumentalise les faits depuis le premier jour pour nourrir son offensive autoritaire, en appelant à la dissolution "de la structure antifasciste" -qui n'existe pas. Les Engagés, fidèles à leur opportunisme caractéristique, suivent sans sourciller la tendance naturelle répressive de nos dirigeants. Le PTB et Vert Ardent se sont abstenus dans la plus grande lâcheté, en disant "se ranger dans le camp de la justice". Quelle justice ?


Cette plainte s'ajoute comme une insulte de plus aux étudiant.es exclu.es de l'unif' par le Décret Paysage et aux personnes qui subissent de plein fouet la politique de l'Arizona.


2. TOURNANT INEDIT


Il faut regarder ce moment pour ce qu’il est : un basculement politique. Ce n’est pas un simple débat administratif sur des assurances financières ou des procédures légales. C'est la suite logique d'une croisade répressive contre les antifascistes, contre les jeunes en lutte, contre la contestation de la politique antisociale de l'Arizona.


S'il faut encore l'expliquer : cette plainte contre X et cette constitution de partie civile ne va évidemment pas cibler le MR. Elle ne va pas cibler les policiers qui se sont montrés coupables de violences illégales. Elle va ouvrir des enquêtes, convoquer des dizaines de gens, justifier des surveillances, légitimer des procès futurs arrestations futures. Ça représente des milliers d'euros de frais d'avocats, auxquels s'ajouteront les éventuelles condamnations qui, même sans preuves seront possibles puisque nous sommes inévitable dans un système de justice qui joue de base contre notre camp et croit la police sur parole (dans un déni de réalité, encore une fois).


Et c’est précisément là que la responsabilité de la gauche institutionnelle est engagée.


Le texte ici n’est pas une demande de solidarité abstraite. C’est une injonction politique à rendre des comptes, à expliquer comment ils ont pu laisser passer ça.

Ils doivent expliquer et assumer leur dégringolade morale et politique, comment ils peuvent croire "tactiquement" que cette plainte ne va pas briser des jeunes générations militant.es et, avec, leur confiance politique envers les partis dits "de gauche".


La gauche du Conseil communal ne peut plus continuer à parler abstraitement de justice sociale tout en laissant passer des décisions inédites qui entendent réduire au silence des étudiant.es et renforcent l’appareil répressif contre celles.eux qui luttent.


Politiquement, la plainte installe l’idée que les violences sont d’abord du côté des activistes, jamais du côté de l’État.


Elle installe l'idée qu'on peut privatiser des universités, briser le cordon sanitaire et relayer les discours d'extrême droite tout en étant considéré comme un parti démocratique, insulter les étudiant.es 3 jours après la rentrée, quelques semaines avant les premières expulsions du chômage, venir se pavaner sur les ruines des services publics et la détresse des gens sans conséquence.


C'était un vote, vous aviez le choix : pourquoi ?


3. OFFENSIVE AUTORITAIRE NATIONALE 


Et ce qui s’est joué ce soir-là dépasse très largement le cadre de la manif du 18 septembre. La séquence politique est claire : répression massive à la grève du 14 octobre, criminalisation des mobilisations pour la Palestine, menaces de dissolution des organisations jugées “radicales” avec la loi Quintin, dispositifs policiers hors normes pour anéantir toute opposition sérieuse au gouvernement et privatisation-militarisation de notre parc public ce 16 novembre.


Dans ce contexte, au moment du vote, refuser de prendre en compte la croisade que Bouchez et une partie du MR (dont les membres liégeois.es) mène contre les antifascistes est une honte pour la démocratie et un véritable tremplin pour l'extrême-droite. Il dépasse la ligne rouge.


Dans ce contexte, l’attitude du PTB et de Vert Ardent n’est pas un détail. Ce sont des partis qui se présentent comme forces d’alternative, comme piliers d’une opposition sociale. Le PTB se réclame même explicitement du communisme. Mais quand l’appareil policier et judiciaire se met à charger contre un mouvement social, il n’y a pas cinquante positions possibles : on s’y oppose, ou on l’accepte.


Le fait que l’opposition ait demandé une suspension de séance après le changement de vote en huis clos à public, que tout ait été fait pour limiter l’exposition politique, et que les prises de paroles ne mentionnent absolument aucun soutien aux revendications étudiantes, antifascistes ou sociales, c'est vraiment parlant. De même, aucun mot n'a été dit pour les manifestant.es blessé.es par la police.


Cela dit quelque chose de plus profond : la gauche électorale voit comme “pragmatique" de ne pas s’opposer à la police comme institution politique. Non seulement elle abandonne là un des terrains les plus priotaires dans la lutte contre l'Arizona, mais en plus elle légitime la plus vieille arme dont dispose la bourgeoisie contre notre camp. Elle accepte l’idée qu’il faut “composer” avec l’appareil répressif. Et dans cette logique, ce sont toujours les mêmes qui servent de variables d’ajustement : les jeunes, les personnes racisé.es, les militant.es, les précaires, les antifascistes, les syndicalistes combatif.ves. Bref, le camp qu'ielles prétendent représenter.


Les partis qui se prétendent démocratiques protègent coûte que coûte l’institution policière, incapables de reconnaître qu’elle est anti-démocratique depuis sa création. On a bien vu la mise en scène sinistre du conseil communal où Demeyer dit aux votant.es "la police nous regarde attentivement", avec un grand zoom sur son chef de corps Demelenne (marié à une élue MR). Qui dirige réellement ? Qui exerce la pression "anti-démocratique" sur qui ?


Quand le PS intervient pour dire que Liège est une ville antifasciste, c’est le comble de la farce. Une tentative médiocre de se positionner moralement, avec l'éléphant au milieu de la pièce : si Liège est antifasciste, alors pourquoi protège-t-elle politiquement les discours et les provocations de Bouchez, pourquoi pénalise-t-elle celles.eux qui s’y opposent ? Son affirmation sonne d'autant plus creux lorsqu’elle s’accompagne d’une plainte qui vise de facto un mouvement antifasciste, et qu'elle précédait de peu le déferlement de répression physique contre des liégeois.es mercredi 26/11...


À cela s’ajoute un élément structurant du discours du bourgmestre : l’alibi du CRAC (Centre Régional d'Aide aux Communes), notre FMI Wallon. Demeyer répète que la Ville "n’avait pas le choix", que la tutelle budgétaire imposerait le dépôt d’une plainte. Mais cette justification est grotesque : le CRAC ne les empêche jamais de dépenser des dizaines de milliers d’euros pour un dispositif policier hors norme, pour armer le PAB (Police Anti-Banditisme) ou payer des gens pour chasser les sans-papiers, sans-abris ou TDS. Par contre, il deviendrait soudain un prétexte incontournable lorsqu’il s’agit d’envoyer la justice contre des jeunes qui se trouvaient place du XX août. Il instrumentalise la tutelle quand ça lui sert.


4. "YOU ARE NEXT"


Aujourd’hui ce sont des jeunes et des antifascistes.


Pour certaine.s c'était déjà plus que le cas, notamment les stades qui sont des lieux de mises en places et d'essai de la répression policière, mais aussi les squats. Le procès immonde des émeutiers de Saint-Lambert montre que la Ville et le Parquet sont prêts à tout pour portéger l'ordre établi, y compris dans son pourrissement raciste et réactionnaire clair aujourd'hui.


Demain ce seront les syndicalistes, les collectifs citoyens, les enseignant.es, les infirmiers.ères, les supporters de foot, les squats, les piquets de grève, la désobéissance civile (comme dans les autres pays où la gauche a laissé l'autoritarisme se répandre, en y participant souvent, comme ici).


Chaque fois, on invoquera la même musique : l’ordre, la "police démocratique", les coûts, la responsabilité financière.


Et chaque fois, cette gauche qui aura laissé faire la première fois découvrira qu’il sera trop tard pour s’indigner la seconde.


Vouloir gouverner un jour ne peut pas servir de prétexte pour accepter aujourd’hui la criminalisation de celles.eux qui luttent.


Nous voulons des réponses.


Pour conclure, de notre côté, nous devons être clair.e sur une chose :

la plainte ne nous dissuadera pas. Tant que Bouchez continuera, on sera là pour l'accueillir et on sera là pour soutenir tous.tes les camarades qui mènent cette lutte juste et légitime.


Des participant.es du FAL


[B. RÉPONSE DES ÉLUES LIÉGEOISES DU PTB, SOFIA TOUHAMI ET SOPHIE LECRON, 13/12]


A propos du vote de la plainte contre X de la Ville suite aux événements du XX août.


Il semble important de bien clarifier de quoi on parle parce que beaucoup de choses circulent sur les réseaux.


Le vote portait sur le fait que des policiers aient été blessés lors de la manifestation devant le XX août et vu qu’ils sont employés de la ville, la ville se constitue partie civile pour établir les responsabilités de ces blessure (comme elle l’a déjà fait plein de fois quand ça arrive pour les policier au Standard par exemple). C'est une procédure assez classique dans le rapport employeurs-employés.


Le PTB a fait le choix de ne pas soutenir cette plainte et de tout de même s'abstenir pour deux raisons qui sont expliquées par Sofia Touhami dans son intervention quand on l'écoute entièrement (l'extrait repris prête à confusion):


1. Nous voulons que toute la lumière soit faite sur les événements du XX ao^t. La justice, avant cette plainte, était déjà saisie et était en train de faire son travail. C’est ça que dit Sofia quand elle dit dans l’extrait "Le PTB est du côté de la justice. L’évaluation de la teneur des faits doit être examiné et jugé pour toutes les parties en causes". 


La plainte ici ne va mettre que l’accent sur la recherche des responsabilités  envers les blessures des policiers et pas sur l’ensemble des événements. 


2. Nous nous sommes abstenus par ce que nous avons considéré que dans le contexte il y a une instrumentalisation politique de cette affaire par le MR qui pousse vers un agenda autoritaire et antidémocratique. C'est aussi ce que Sofia explique dans son intervention quand on l'écoute entièrement.


Le PTB a toujours été au combat face aux atteintes aux libertés et aux attaques antidémocratiques. Que ce soit au niveau fédéral contre la Loi Quintin, pour dénoncer les attaques sur les organisations antifascistes, ou au niveau local comme nous l'avons fait le mois passé en dénonçant la taxe de 55€ pour manifester et en demandant son retrait. 


Et nous continuerons à le faire, comme lors du prochain conseil en demandant des réponses sur le dispositif policier disproportionné mis en place à l'occasion de la conférence du MR du 26 novembre.


[C. COMPLÉMENT DE ROUGE, 13/12]


13/12 : Débat dans la gauche liégeoise

Plainte de la ville après la manif contre Bouchez à l'Uliège : clarifications maladroites du PTB.


Ce débat sur la justice est crucial, dans un contexte d'offensive autoritaire et de répression généralisée, où chaque recul politique crée des précédents qui frapperont demain l’ensemble des luttes et mouvements.


Contexte

Suite au blocage à l'Uliège contre Bouchez, le forçant à entrer dans l'université par un chantier arrière, le conseil communal de Liège a décidé de porter plainte contre toute personne "reconnue comme responsable des violences". La majorité PS-MR-Engagés a voté pour, le PTB et Ecolo se sont abstenus. La plainte est donc lancée.


Débat 

Jeudi, des participant.es du Front Antifasciste de Liège ont dénoncé cet alignement derrière les appareils policier et judiciaire, dans une séquence où ceux-ci sont utilisés pour contenir et criminaliser les mobilisations sociales.


Ce samedi 13/12, deux élues PTB ont répondu en maintenant leur vote : "Nous voulons que toute la lumière soit faite sur les événements du XX août." Dans sa clarification, le PTB explique que la plainte viserait à établir les "responsabilités" concernant des policiers blessés, dans un cadre “classique” employeur-employé. Estimant que la justice était déjà saisie de toute façon, et refusant de s’associer à l’instrumentalisation autoritaire du dossier par le MR, ils se sont abstenus.


Le problème est que cette position évacue la question centrale : le rôle de la justice. Dans le rapport de force actuel, non seulement la jutice n'est pas neutre, mais surtout cette plainte ne visera ni le MR, mais bien des manifestant.es, avec tout ce que ça implique en termes de poursuites, de coûts et d’intimidation.


Pensez vous que la justice va procéder autrement ? Ou qu'elle sera neutre lorsqu'il s'agira de défendre le MR contre des étudiant.es ? 


Non. Laisser la justice bourgeoise "faire toute la lumière sur les événements" ne peut mener qu'à condamner des jeunes Liégeois.es. C’est là que se situe le désaccord.


La justice n’est pas un arbitre au-dessus de la société : elle est structurée pour protéger l’ordre existant, les intérêts dominants et étouffer celles.eux qui les contestent. La seule "lumière" à trouver dans cette justice, c'est celle d'une lutte inconciliable entre une classe dominante et toutes les autres. C'est regretable que le PTB nie par leur vote ce fondement politique de la gauche.


Ce choix douteux du PTB n'est pas un cas isolé : c'est l'expression d'une stratégie réformiste, qui les enferme dans une respectabilité institutionnelle et empêche toute confrontation avec l'institution policère ou judiciaire. Ici au prix de jeunes militant.es. 


Notre seule issue dans cette percée répressive, c'est la rupture avec le carcan bourgeois : dans les institutions la seule tâche des révolutionnaires est de désarmer l'appareil répressif, soutenir et protéger le mouvement social. Voilà les éléments décisifs du progrès, en présence desquels tout autre obstacle disparaitra.


Et maintenant ?


C'est une erreur politique et c'est là que le débat doit commencer.  La solidarité avec les camarades en lutte doit être le seul mot d'ordre face à cette plainte. Toute condamnation ou abstention nourrit la répression et tire vers le bas l'ensemble du mouvement. 


Le PTB ne peut pas contourner les questions posées par les antifascistes liégeois.es, et il faut se mettre autour de la table pour entamer un vrai front de défense contre la répression.


Nous en profitons pour manifester notre solidarité avec toutes les victimes de violences policières et les camarades traqué.es par la répression à Liège.


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